Focus sur Kinescalade
Qui ne connaît pas Kinescalade, le site à la photo du fameux doigt déganté ? Depuis la rentrée Kinescalade arbore une toute nouvelle robe, plus claire et plus lisible. L'occasion de poser quelques questions à Jocelyn-William LOUBRIAT, fondateur et animateur du site !
Comment t'est venue l'idée de Kinescalade.com ?
Il y a 10 ans j'obtenais mon diplôme de kiné, et m'installais à Fontainebleau. Tout jeune kiné que j'étais (j'avais 22 ans), la "mouvance" internet commencait et j'avais envie de créer un site. Mais il fallait trouver un sujet pour celui-ci. Dès le début de mes études, j'avais toujours cherché à comprendre les mécanismes liés à l'escalade. J'ai toujours eu également la fibre "enseignante". De fil en aiguille, à donner des conseils aux patients, je me suis dis que d'en donner aux grimpeurs par le biais d'internet pouvait être une idée intéressante.
Des conseils de kiné, pour l'escalade ... est né Kinescalade, à la fin de l'année 1999, début 2000.

La première version de Kinescalade, en 2000.
Vous êtes plusieurs à animer le site, êtes-vous tous grimpeurs et kinésithérapeutes ?
Au tout début de l'aventure, Francis Hélias, kiné et bleausard émérite (8B+ bloc et 9A traversée quand même!) tout autant que discret, m'avait passé le fruit de son travail personnel sur les pathologies rencontrées en escalade. De cette base parfois un peu hermétique pour le néophyte, j'ai essayé de vulgariser pour plus d'accessibilité. Francis reste donc un pilier historique du site. Pour la rubrique pathologie j'ai ensuite continué seul.
Les autres rubriques ont vu le jour au fur et à mesure, la préparation physique assez tôt avec les conseils d'échauffement et d'étirement. Un ami accompagnateur moyenne montagne, Jean-Philippe Samel m'avait proposé l'article sur l'hydratation.
Il y a eu aussi la rubrique "autrement" qui a disparu dans la nouvelle version faute de contenu, l'objectif était d'informer sur les aspects thérapeutiques de l'escalade. L'outil escalade comme moyen de rééducation, et le seul contenu était le travail de mon ami David Lepage, professeur d'EPS, conseiller principal d'éducation dans un I.M.E. (institut médico-éducatif) auprès de jeunes psychotiques. Je voulais ouvrir cette rubrique à ceux qui travaillent avec l'escalade, notamment avec les infirmes moteurs d'origine cérébral (IMOC), ou les traumatisés craniens. Mais faute de temps et de contact dans ces milieux, j'ai préféré mettre de côté cette rubrique pour l'instant.

Kinescalade en conférence.
En 2004, au cours de ce que j'avais appelé le "Kinescalade tour", ma première tournée de conférence dans les salles d'escalade de France et de Navarre, j'ai eu la chance de rencontrer Simon Lelardoux, gérant de la salle Roc en Stock de Nantes. Nous avons tout de suite accroché et de là est né une grande amitié et le projet de développer la rubrique entraînement puis le coaching en ligne. Simon est donc le responsable de la rubrique entraînement, il est BE escalade.

Simon.
A la page auteurs, est mentionné Alex Jalama, c'est mon meilleur ami, il a une maîtrise STAPS, et il a contribué à beaucoup de mes connaissances sur l'entraînement et la préparation physique, je tenais à ce qu'il soit mentionné car il a toujours été présent lors de la conception de la rubrique préparation physique.
Voilà pour les intervenants de la partie "contenu", ensuite pour ce qui est de la gestion du site, la mise en page etc... j'ai toujours fait tout tout seul, en autodidacte, jusqu'à cette année, où ma compagne Mary m'a filé un gros coup de main pour mettre en place la nouvelle version.
Kinescalade met en avant l'entraînement et la préparation physique pour éviter les blessures. Quelles blessures sont les plus simples à éviter ?
Tous les "micro-traumatismes" sont facilement évitables, à partir du moment où on respecte les règles élémentaires d'échauffement et de récupération, qu'on écoute son corps lorsqu'il dit "stop", la devise de Kinescalade : je m'échauffe, je grimpe, je m'hydrate, je m'étire.
Ensuite il y a les accidents : entorse de cheville, du genou, luxation de l'épaule... ce ne sont plus des micro-traumatismes mais des traumatismes. La prévention existe : bonne parade, mise en place de crash pad ou de bons matelas (en salle) mais la prise de risque fait aussi partie de notre activité, et si en falaise on se prend un plomb de plusieurs mètres dans du vertical, où qu'en bloc on zippe et qu'on se fracasse sur une racine, c'est aussi la faute à pas de chance... On ne va quand même pas rester devant sa télé tout le week-end pour ne pas risquer de se blesser !
Question anonyme envoyée par melle P, qui réside à Lille : "Je dispose de peu de temps pour grimper, comment m'échauffer au mieux en 5 minutes ?"
Chère Melle P, ma réponse sera catégorique : on ne s'échauffe pas en 5 minutes. Le temps pris pour l'échauffement n'est pas du temps perdu. Un échauffement baclé est une porte grande ouverte sur la blessure. Etre blessé et ne pas pouvoir grimper pendant X semaines, ça c'est du temps de perdu.
Donc résumons : 10 min de footing, corde à sauter, vélo, ce que vous voulez pour mettre en route le système cardio vasculaire, suivi de 5 à 10 min de mouvements de doigts, d'épaules, de coudes, de tête (pas trop vite attention), puis 15 à 20 min de grimpe tranquile (suspension, traversées, voie facile) avant d'attaquer dans son niveau maxi. Si vous n'avez qu'une heure pour grimper, vous ne "taperez" qu'un essai à votre max, mais vous aurez la possibilité d'en "retaper" un à la prochaine séance et pas dans 3 mois !
Question de monsieur L, résidant aussi à Lille : "Je manque de pecs, est-ce un risque de blessure ?"
Un déséquilibre musculaire peut mener à la blessure. Ce qui veux dire que pas assez de muscle tout autant que trop de muscle peut générer des blessures. Si Monsieur L, vous trouvez, que d'un point de vue esthétique, en vous regardant dans le miroir, vos pectoraux ne sont pas suffisamment développés, êtes vous sûr d'être objectif ?
L'électrostimulation peut-elle aider à progresser ? A partir de quel niveau est-ce utile ?
L'électrostimulation est un outil de préparation physique, au même titre que la muscu traditionnel, le travail cardio respiratoire etc... Utilisée seule, cette technique sera très limitée.
A partir du moment où l'on rentre dans une démarche d'entraînement, on va structurer ses séances, on va faire ce qu'on appelle de la planification. Quelque soit le niveau, on peu planifier et intégrer des séances avec électrostimulation. Mais bien entendu, un débutant aura plus intérêt à apprendre la technique que de chercher à développer ses capacités physiques. Personnellement j'ai commencé à ressentir le besoin de prendre en force lorsque j'ai cherché à enchainer mon premier 7C bloc. C'est à ce moment que j'ai commencé à faire un peu de muscu, d'électro et à planifier le tout pour ne pas faire n'importe quoi.
Y a-t-il des risques de mauvaise utilisation d'un électrostimulateur en mode entraînement ? Et en mode récupération ?
Il y a toujours moyen de faire mal en pensant faire bien. Les notices des appareils poussent à monter les intensités au max, "pour recruter un maximum de fibres", oui, mais il faut aussi respecter son corps : une déchirure musculaire peut survenir.
En récupération, les gens montent également souvent trop fort le niveau et continuent à fatiguer le muscle plutôt que de lui permettre de récupérer.
Parce que je trouvais que les notices des appareils n'apprenaient qu'à faire fonctionner la machine, j'ai essayé de mettre sur le papier des conseils pratiques sur comment utiliser l'électrostimulation dans l'entrainement, j'en ai fait un petit guide qui est imparfait, incomplet sûrement, mais qui donnera quand même pas mal de tuyaux à ceux qui souhaitent utiliser cette technologie dans leur entraînement.

L'électrostimulation en mode entraînement.
Le livre L'électrostimulation dans l'entraînement du grimpeur dont Jocelyn est l'auteur.
Comment bien choisir son kiné ?
Très bonne question, je suis convaincu qu'il faut tout d'abord choisir un kiné qui est attentif, à l'écoute, et qui pour ce faire, reste avec vous pendant la séance. Il faut fuir les kinés qui vous "branchent" sur une machine et qui s'occupent de X patients à la fois.
Un patient, un praticien, 30 minutes de soins attentifs, et si besoin suivi de travail seul (électro, muscu, étirements...) .
La haute technologie c'est bien, mais les praticiens qui n'utilisent que des "gadgets" technologiques oublient souvent que les outils les plus sofistiqués dont ils disposent sont leurs mains et leur cerveau.
Mais c'est vrai que de ne prendre qu'un patient à la fois, c'est moins rentable...






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